Shi Heng Jun invité à Paris par l’Association “Les Temps du Corps” en 2005, où il enseigne toujours, le moine de la 35e génération, a créé le France Shaolin Club en novembre dernier.
Reconnu par ses pairs comme l’un des dix meilleurs maîtres du Temple, Shi Heng Jun est aujourd’hui adjoint au moine supérieur du Temple de Fa Wang.
Rencontre avec une référence des Arts Martiaux dont il nous parle avec sagesse et maîtrise.

Temple

“La Boxe de Shaolin est comme une voiture qui roule très vite. Le Chan, c’est le garage pour l’entretenir”

Shi Heng Jun - SON ÂGE

56 ans (2022) – est né en 1966 à Qufu, dans la Province du Shandong.

SON ÉCOLE

La plus célèbre d’entre toutes, le Shaolin Men (Men signifie école). Shi Heng Jun a intégré le Temple de Shaolin à 18 ans, en 1984, où il y a étudié le Sanda, les 18 armes traditionnelles et le Qi Gong. Très imprégné de la philosophie Chan, il a beaucoup étudié le “Liuhexingi”, l’art du cœur et de l’esprit.

SON MAÎTRE

Le moine Shi Yan Fo, aujourd’hui moine supérieur du Temple de Fa Wang. Moine Shaolin de la 34e génération, Shi Yan Fo s’est spécialisé dans le Qi Gong et l’étude sur la théorie du Yin et du Yang. Parmi toutes les générations actuelles de grands maîtres de Shaolin, il s’agit du meilleur pour étudier le livre des mutations, Zhou Yi.

SON RÔLE

Maître Shi Heng Jun est, depuis 2002, conférencier principal et adjoint au moine supérieur du Temple de Fa Wang, dans le Song Shan, l’un des Temples directement liés au Monastère de Shaolin. En France, il a créé et dirige le France Shaolin Club à Paris et donne des cours aux “Temps du Corps”, à Paris 10e.

SON PARCOURS

  • 1973 : à 7 ans, il commence l’étude des Arts Martiaux dans sa ville natale avec un maître qui lui enseignera le style de la Mante Religieuse à l’école Er Lang. Il apprendra par la suite les styles Mei Hua Quan, Luo Han Men, Yan Qing Quan et Ying Zhua Men.
  • 1984 : à 18 ans, il est admis au Temple de Shaolin, son rêve, et devient le Moine Shi Heng Jun, de la 35e génération.
  • 1986 : il participe à la première compétition annuelle d’Arts Martiaux organisée par le Temple de Shaolin. Il l’emporte en Boxe, Sabre et la Hallebarde (ou “Pu Dao”) et intègre l’équipe des Moines voués aux Arts Martiaux.
  • 1993 : après avoir remporté 17 médailles d’or et d’argent (principalement en Sanda) lors de compétitions nationales et internationales, Shi Heng Jun arrête les compétitions.
  • 1995 : il est nommé directeur de l’école laïque d’Arts Martiaux de Shaolin par le Monastère.
  • 2000 : il est élu “Bouddha contemporain” du Temple de Shaolin par ses pairs, une haute distinction que seuls 18 Moines possèdent. Il est aussi reconnu comme l’un des dix meilleurs maîtres du Temple.
  • 2002 : il est nommé conférencier principal et adjoint au moine supérieur du Temple de Fa Wang, dans le Song Shan.
  • 2005 : Shi Heng Jun arrive en France à l’invitation de l’association parisienne “Les Temps du Corps” où il enseigne encore.
  • 2006 : en novembre, il crée le France Shaolin Club, pour divulguer la philosophie et les Arts Martiaux de Shaolin.

SON CONSEIL

“Je ne sais pas comment conseiller les gens (rire)… Ne pas abandonner en cours de route. Quelque soit l’Art Martial, il faut travailler en profondeur. C’est ensuite qu’on peut connaître les secrets, comme l’on cherche un trésor dans une grotte.”

Shi Heng Jun - SON HISTOIRE

Rue Tillier, 12e arrondissement de Paris. 9 heures du matin. L’un des assistants du Moine Shi Heng Jun vient nous ouvrir la porte du France Shaolin Club, qui abrite aussi l’appartement du Maître. Vêtu de sa tenue de moine, qu’il ne quitte jamais quand il se promène sur Paris, il nous attend, tout sourire, assis à la table en buvant une tasse d’eau chaude.

Bien que séjournant en France depuis un an et demi (2007), Sifu, comme l’appellent ses assistants, vit toujours à la chinoise, ses journées étant ponctuées par la prière et l’entraînement. Shi Heng Jun est l’un de ces grands maîtres que l’on rêve de rencontrer. Les Arts Martiaux ? Il leur a dédié sa vie, 8 heures par jour. Et pas n’importe où ! Au Monastère de Shaolin qu’il intègre à 18 ans.

Très vite remarqué pour ses capacités, il est dirigé vers l’équipe des Moines pratiquant les Arts Martiaux et s’illustre, surtout en Sanda, dans les compétitions nationales et internationales (17 médailles d’or et d’argent entre 1986 et 1993).

En l’an 2000, ses pairs l’élisent “Bouddha contemporain” du Temple de Shaolin, une haute distinction que seuls 18 Moines possèdent. Il est aussi reconnu comme l’un des dix meilleurs maîtres du Temple. Une reconnaissance qui l’amène, en 2002, à être nommé conférencier principal et adjoint au moine supérieur du Temple de Fa Wang, dans le Song Shan.

Aujourd’hui installé à Paris, tout en conservant son rôle à Fa Wang, Shi Heng Jun s’est donné une mission : livrer l’esprit de Shaolin.

Karaté Bushido : Quels Arts Martiaux pratiquez-vous ?

Shi Heng Jun :

Beaucoup (rire) ! Avant de rentrer au Temple, à 18 ans, j’avais déjà pratiqué 5 écoles d’Arts Martiaux : Mei Hua Quan, Er Lang Men, Luo Han Men, Yan Qing Quan et Ying Zhua Men. Puis j’ai appris le Shaolin Men (NDLR : il est expert de haut niveau en Boxe, dans les 18 armes traditionnelles et en Qi Gong, interne et externe).

Karaté Bushido : Vous sentez-vous investi d'une mission morale en tant que Moine de Shaolin ?

Shi Heng Jun :

Oui, bien sûr. Je pense que ma mission est d’apprendre et de transférer l’essentiel du Kung Fu Shaolin en France, voire en Europe. Le Kung Fu n’est pas seulement la technique mais l’esprit de Shaolin.

Karaté Bushido : Quel est cet "esprit de Shaolin" ?

Shi Heng Jun :

Bonne question ! (il réfléchit) il y a trois réponses. La première, c’est la patience. Si le disciple de Da Mo (Boddhiddarma), Hui Ke, n’avait pas eu la patience de servir son maître pendant 9 ans dans la grotte, il n’aurait pas appris et il n’y aurait pas eu de (2e) générations Chan. La deuxième réponse, c’est l’endurance et la dernière, c’est l’amour, des gens, de la société, de son pays… Quand la Chine fut en danger, les Moines guerriers de Shaolin ont participé aux guerres pour protéger les gens. Dans l’esprit, c’était l’énergie, le Qi de la justice. 

Notre devoir est de réaliser des choses positives pour la société. En Chine, on a l’habitude de dire que les pratiquants de Kung-Fu ont un corps puissant, musclé, mais une tête vide. Ce n’est pas l’esprit Shaolin. On ne pratique pas le Kung-Fu pour attaquer ou se bagarrer. À travers le Kung-Fu, on cherche une stabilité, une tranquillité pour être heureux dans la vie.

Karaté Bushido : Tout un programme... Que doit-on apprendre en priorité, le plus important à savoir ?

Shi Heng Jun :

(rire) Mais tout est important ! C’est comme le corps humain. Toutes ses parties sont importantes pour qu’il fonctionne bien. On dit que la Boxe de Shaolin est plutôt un art externe. Ce n’est pas tout à fait vrai. S’il n’y a pas la puissance de l’interne, les Arts Martiaux externes ne sont pas efficaces. Il faut d’abord apprendre et maîtriser la puissance interne pour ensuite s’exprimer, posséder la puissance explosive. La Boxe de Shaolin, c’est deux-tiers d’externe.

Karaté Bushido : C'est-à-dire...

Shi Heng Jun :

La Boxe de Shaolin, c’est comme une voiture qui roule très, très vite. Le “Liuhexingi” (l’art du cœur et de l’esprit), c’est l’essence et le Chan, c’est le garage pour l’entretenir. Dans le Chan, on travaille sur le contrôle de l’esprit, l’intention. L’école Shaolin, c’est le mélange de la souplesse et de la puissance. Elle est particulière par rapport aux autres écoles qui sont plutôt internes et mettent l’accent sur la souplesse et la flexibilité. Maîtriser la Boxe de Shaolin, c’est allier la puissance de la technique à la souplesse de l’esprit Chan.

Karaté Bushido : Qu'apporte la philosophie Chan dans la pratique des Arts Martiaux ?

Shi Heng Jun :

Dans les Arts Martiaux externes, on consomme de l’énergie. Le Chan permet de récupérer l’énergie consommée. C’est l’équilibre du cercle, du Yin et du Yang. Mais le Chan, ce sont avant tout des pensées. C’est comme une arme d’attaque très puissante qui peut faire le bien ou le mal. L’idée est de penser positif. Le Chan aide à contrôler le Kung-Fu. Si les pensées sont correctes, le coup de poing le sera aussi. Quand on cherche et que l’on trouve la tranquillité de la pensée, le geste commence. La puissance va s’exprimer.

Karaté Bushido : Cela peut être valable pour la compétition...

Shi Heng Jun :

Bien sûr. J’ai participé pendant des années à des compétitions de Sanda (NDLR : il a même gagné 6 tournois). J’ai vu certains combattants très bien entraînés, mais que ne gagnaient pas. Pourquoi ? À cause du stress. Si l’on est tressé, le corps est plus raide et bouge moins vite et si les pensées sont brouillées, on ne trouvera pas le bon geste. Celui qui sait garder ce calme, cette force morale, a plus de chance de gagner. Cela vient de l’entraînement quotidien. On cherche une tranquillité dans le mouvement, ne pas être stressé pour avoir les bons réflexes.

Karaté Bushido : C'est un long travail. Comment fonctionnez-vous avec vos élèves français ?

Shi Heng Jun :

À Shaolin, on s’entraînait 8 h par jour. À Paris, on s’entraîne 1 h et demie par semaine et même, de temps en temps, il y a des absents. C’est une épreuve pour un professeur de Shaolin. J’ai calculé qu’en un an, je pourrais enseigner ce que l’on apprend en 15 jours au Temple. Je mets davantage l’accent sur l’esprit et la culture que sur la technique. J’ai supprimé des programmes qui ne sont pas nécessaires pour saisir l’essentiel. J’enseigne les Arts Martiaux et j’aide les élèves à augmenter leur capacité à être patients dans le quotidien. Le vrai but et la vraie signification des Arts Martiaux est de réussir, d’être bien dans sa vie. La patiente est la qualité la plus importante qu’un être humain doit posséder.

Karaté Bushido : Et cela suffit ?

Shi Heng Jun :

Non, bien sûr. Les Arts Martiaux sont basés sur trois éléments : la puissance, la vitesse et la précision. Ces trois éléments sont eux-mêmes basés sur l’équilibre, que l’on travaille à l’entraînement (position du pied, déplacement) et puissance et souplesse des jambes. On travaille ensuite sur les frappes, que l’on cherche à améliorer en augmentant puissance, vitesse et déplacement. Après, on aborde les enchaînements techniques. L’objectif est de pratiquer pour comprendre pourquoi. C’est seulement ensuite que l’on aborde réellement les qualités psychologiques. On ne peut pas réussir sans patience et endurance, sans volonté. Mais ce n’est qu’une partie des qualités nécessaires…

Maître Shi Heng Jun est, depuis 2002, conférencier principal et adjoint au moine supérieur du Temple de Fa Wang, dans le Song Shan, l’un des Temples directement liés au Monastère de Shaolin. En France, il a créé et dirige le France Shaolin Club à Paris et donne des cours aux “Temps du Corps”, à Paris 10e.

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