Edwel Jato partage sa vie entre son petit village de montagne à Sumatra, dont il est le “prince”, et la capitale Jakarta, où il instruit les commandos de l’armée. Il est l’un des plus grands experts de Penchak Silat d’Indonésie.

Edwel Jato, roi des tigres

Edwel Jato Rajo Gampo Alam, dit Prince Edwel, n’est pas un personnage ordinaire. Au royaume des tigres, c’est un prince, l’homme que l’on va voir en cas de litiges ou de mariages, pour avoir sa permission et sa bénédiction. Son clan représente 200 personnes. Son village, Balimka, quelques milliers.

Balimka est niché aux confins de l’île de Sumatra. Situé la région de Padang, à proximité de l’un des plus puissants volcans d’Indonésie. Le Merapi, grogne et fume régulièrement.

Le danger ne semble pourtant pas déranger les habitants. Dans cette contrée, la vie est rude ; confort moderne quasi inconnu ; la tradition importante. C’est dans cet univers qu’Edwel a grandi. Aujourd’hui, il exerce le rôle de Prince, de sage du village en quelque sorte, un rôle lourd de responsabilité.

Élu par un conseil d’anciens en (2002). Edwel retrouve ainsi des fonctions que plusieurs de ses ancêtres ont tenues.
Une fonction à vie qui est aussi un honneur, une reconnaissance de ses pairs pour une certaine sagesse et justesse.

Edwel Jato casse des noix de coco avec les mains

À 43 ans, Edwel fait figure de grand maître. Une reconnaissance qu’il doit aussi, et même surtout, à sa maîtrise du Penchak Silat, l’art ancestral. Son style ? L’un des plus anciens, sinon le plus ancien de tous : le Silek Tuo, ou Silek Tur. 

“On a retrouvé des traces de mon école datant du 4e siècle avant J.C.”, raconte-t-il. “On y trouve des influences du Cambodge, de Thaïlande, de l’Inde. Et, bien sûr de la Chine avec laquelle il y a eu beaucoup de guerres. Par contre, on ne sait pas si ce sont les Chinois qui ont amené des techniques ou l’inverse. 

Ce que l’on sait, c’est que les Chinois ont perdu et que leur roi a dû vouloir apprendre nos techniques de combat.” L’invasion arabe au 7e siècle a complété l’influence technique du Penchak Silat de Sumatra. Particulièrement dans sa région, située à quelques encablures de la côté Ouest de l’île, ouverte à l’Océan Indien et, donc tournée vers l’Inde et l’Arabie.

Principalement inspiré des postures d’animaux tels le tigre (influence de l’Inde), le chat (de Thaïlande), la chèvre (du Cambodge), le crocodile ou le singe. Le Silek Tuo met l’accent sur les saisies, notamment au visage. “L’un de nos principaux exercices consiste à renforcer la puissance des doigts et des mains, notamment en s’entraînant à casser des noix de coco à la seule force du poignet.”

Enfin, pas tout-à-fait… Les appuis au sol sont très importants pour faire confluer la force dans les doigts et les poignets. “On ne peut pas casser une noix de coco dans n’importe quelle position. On prend notre force dans la nature. Elle provint de la terre. Il faut donc que notre corps soit en harmonie avec elle”.

Apprendre aux commandos à faire le singe

Cette harmonie, Prince Edwel la retrouve dans ses campagnes et montagnes de Sumatra, beaucoup moins à Jakarta. Allez donc apprendre à des soldats d’élite ou à des policiers, qu’il forme à longueur d’année, de faire le singe ou d’imiter la chèvre ! “Avec l’armée ?”, rit-il, “je leur enseigne des techniques épurées, qui sont destinées à une efficacité ultime. 

En fait, on utilise le mouvement et la forme de l’animal dans un premier temps avant de se tourner vers l’essentiel, alors d’utiliser seulement ce qui est nécessaire. 

Par exemple, les formes du crocodile et du tigre sont très intéressantes sur terrain mouillé ou dans un combat à longue distance. Au contraire, dans un restaurant auquel on a plus besoin de techniques de combat rapproché, on va utiliser plus de saisie et de casse.”

Un soldat a résisté... je lui ai cassé le bras"

Et malheur à celui qui met sa parole, donc son efficacité, en doute ! Calme et pondéré au quotidien. Prince Edwel, élevé à la dure et à l’ancienne, n’appartient pas à la catégorie des beaux parleurs, plutôt à celle des taiseux qui agissent. “Le mois dernier, un soldat ne croyait pas en ma technique. Il a résisté. Je lui ai cassé le bras… Si on fait une clé, il faut aller jusqu’au bout. On n’a pas le droit de lâcher”. En situation réelle bien sûr.

“Dans mon enseignement du Penchak Silat, je cherche à créer un état de réflexe, à faire en sorte qu’il n’y ait plus l’idée de répétition, mais d’action naturelle. Pour cela, il faut énormément d’entraînement. Si j’ai un conseil à donner pour avancer dans sa pratique, c’est tout simplement de s’entraîner encore et encore.”
Une règle qu’il s’est lui-même appliquée.

Aujourd’hui, à 58 ans le Grand maître Edwel Jato maîtrise sept styles différents et est l’un des experts les plus réputés de Penchak Silat en Indonésie et même à l’étranger. Il était d’ailleurs au Festival de Bercy en 2004. Son grand-père, qui lui a enseigné l’art ancestral dans son village perdu dans la montagne de Sumatra dès l’âge de 7 ans, peut être fier de lui. Désormais, c’est à Edwel de transmettre.

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