Un jour j’ai vécu avec Sosaï Oyama

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Vivre avec Sosaï Oyama. Jacques Legrée, aujourd’hui âgé de 79 printemps (2023). Il est 6ᵉ dan de Karaté Kyokushin, 7ᵉ dan FFKaraté, 6ᵉ dan Taïkiken (style sino-japonais dont il est l’un des diffuseurs en France). Il a également enseigné le Taï Chi Chuan. Briand chief (chef de marque en français) du style en France, il fut l’un des premiers Français à partir s’entraîner au Japon. Il s’est entraîné plus d’un an au Hombu Dojo du Kyokushin à Tokyo.

En décembre 1971, il débarque à Tokyo et devient Uechi Dechi (élève interne) de l’école Kyokushin. Pendant 13 mois, il s’entraîne sous la houlette de Sosaï Oyama lui-même, qui l’avait pris en affection…

Sosaï Oyama

La rencontre

Un jour de décembre 1971, j’ai rencontré Sosaï Oyama Masutatsu. Fondateur du style Kyokushin, précurseur de tous les karatés “contact” modernes et incarnation des principes martiaux.

Maître Oyama faisait figure de légende à mes yeux. Avec un parcours atypiques, ses combats d’exception, ses casses spectaculaires. Et moi, jeune karatéka désireux de vivre sans limites, j’ai tout quitté, à l’époque, pour ce Maître. Pour vivre comme élève interne (Uechi Dechi) dans son Dojo pendant 13 mois, m’imprégner de cette force, partager sa passion pour le Kyokushin.

Sosaï Oyama était un homme hors du commun

Sosaï Oyama était un homme hors du commun. Il disait : “derrière chaque victoire sa cache un nouveau sommet à conquérir”. Mais cela supposait un travail acharné, des heures et des heures d’entraînements et un continuel dépassement de soi. C’était un homme strict et intransigeant pendant les cours. Je me souviens du cours réservé aux ceintures noires du dimanche matin. J’étais ceinture marron, le moins gradé, privilégié puisque admis à suivre ce cours.

Sosaï Oyama se mettait souvent à côté de moi, pour m’encourager. À l’époque l’entraînement était réellement très dur : durant 2 h 30, sans interruption, à un rythme d’enfer se succédaient les kihon. Beaucoup de kihon… un peu de kata et beaucoup, vraiment beaucoup de kumite.

Ainsi, à la fin du cours, tout le monde avait perdu 2 à 3 litres d’eau. Mais il y avait une telle énergie qui passait du Maître à moi. D’ailleurs, le sentir si près, me donnait le courage d’aller toujours plus loin.

Sosaï Oyama voulait que chacun aille au-delà de lui-même

Il voulait que chacun aille au-delà de lui-même et son enseignement reflétait cela comme les 10 minutes non-stop à une cadence folle de mawashi geri. D’ailleurs, tous les tests de casse de planche, de tuiles et autres parpaings revenaient fréquemment.

Il savait faire partager les valeurs martiales : il nous parlait de la “Voie” pendant les cours. Chaque mot nous pénétrait, il ne faisait qu’un avec ce qu’il expliquait. Après tout, il incarnait véritablement l’Ultime Vérité parce qu’il s’était complètement réalisé. Ainsi donc, en partant de rien, par sa détermination, il a été au bout du chemin. Défi après défi, il était devenu cette force profonde et savait la faire partager. Il réveillait l’envie de se surpasser. “Un Maître, c’est quelqu’un qui est capable de chercher au fond de toi le meilleur de toi” ; et cela Sosaï nous le révélait.

Les camps d'été et d'hiver 72

À ce sujet, l’un des grands temps de rencontre avec Maître Oyama furent les camps d’été et d’hiver 72. Le camp d’été avait presque “une ambiance détendue”, si l’on fait abstraction de la rigueur des entraînements dans l’eau et sur le sable. C’était pour Sosaï une occasion privilégiée d’insister sur toutes les techniques circulaires. Il maîtrisait complètement l’énergie du cercle : je l’ai vu pendant un kumite faire décoller, hors de l’eau Sato Sempaï (95 kg) avec une technique de gedan mawashi geri.

Un Maître accessible entre les cours

Mais Sosaï Oyama était accessible entre les cours, il partageait avec nous les temps de repas, organisait des jeux de force et autres inventions de son cru. Comme nous faire grimper dans les arbres et en sauter en yoko tobi geri (avec toile de réception quand même !). Il savait rire avec nous.

Mitsumine, le camp d’hiver 72, c’était une autre ambiance. Il faisait froid, c’était dur, mais le Maître était toujours là. Tout ce qu’il nous demandait de faire, il le faisait aussi : le kihon sous la cascade d’eau glacée, la méditation matinale dans le temple ouvert à tous vents dans l’immobilité, avec les muscles endoloris. Sa présence, son sens du partage dans l’effort, nous donnait la force de tenir, même pour le semi-marathon dans la montagne.

Sosaï était aussi la générosité pure. Après six mois de présence au dojo, l’argent manquant, nous restions, Howard Collins et moi – les deux seuls élèves internes étrangers -, souvent plusieurs jours sans manger, malgré les entraînements. Sosaï, au courant de tout ce qui concernait nos vies, nous invitait alors à manger et arrangeait bien les choses financièrement. À ses yeux, nous étions des personnes importantes et ce respect partagé nourrissait autant nos âmes que nos corps. Cette empreinte de force et de bonté qu’il a laissé en moi, continue à me nourrir depuis 35 ans. OSU !”

Sosaï Masutatsu Oyama nous quitta le 26 avril 1994 à l’âge de 70 ans.

Écrit par Jacques Legrée – Karaté Bushido N° 365 – avril 2008 – mise à jour par MMDAM martial arts

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