Une chronique d'Henry Plée
Même le recul, la distance et l’âge n’arrivent pas à me rendre indifférent au mal que les DOGMES font aux jeunes pratiquants d’Arts Martiaux sportifs.
Si je me décide à vous écrire une Chronique sur ce type de manipulation, c’est parce qu’il m’a fallu une bonne dizaine d’années avant d’en prendre conscience.
Pour que vous compreniez leur danger, je vais vous donner quelques exemples de Dogmes. À titre d’exemple, je suis effaré qu’à l’École (qui a son Dogme) « On » ne m’ait pas dit qu’existaient « des choses » bien plus utiles dans la vraie vie que la victoire de François 1er à Marignan, en 1515. La seule date qui est entrée sans problème dans ma jeune tête. Il en aurait été autrement si les Instituteurs m’avaient dit qu’existait la mnémotechnie, ou me l’avaient enseigné (on peut rêver…), ce qui n’aurait été qu’une affaire de quelques heures. Mais, voilà, ce n’était pas « dans le programme », comprenez, cela ne faisait pas partie du Dogme.
Il a fallu que mon Père m’en parle. Que j’achète un petit livre (qui est maintenant en triste état parce que je l’ai trimballé pendant les 4 années « d’Occupations »). Pour ainsi que je m’y initie moi-même. La mnémotechnie me rend sans cesse des services, par exemple pour me souvenir des codes de mes cartes de crédit et ceux des digicodes.
La mnémotechnie, c'est quoi déjà...
C’est une science qui resta secrète jusqu’au XIXe siècle, mais vue votre impatience probable, je peux déjà vous initier à quelques bases.
L’idée géniale, car elle l’est, a été de remplacer les chiffres par des consonnes ou vice-versa, pour former un mot ou une phrase courte, susceptible de devenir un aide-mémoire. La visualisation mentale est importante pour s’en souvenir. Parce qu’il faut parfois un aide-mémoire pour se souvenir de l’aide-mémoire… pour ceux qui en manquent.
L’origine est probablement arabe, puisque l’arabe archaïque n’écrivait que les consonnes, sans les voyelles (a, e, i, o, u, y). Pour être plus exact, les voyelles courtes n’existaient pas, les points qui de nos jours changent un certain nombre de caractères, n’existaient pas non plus.
Si vous êtes allergiques à l’Histoire, zappez ce qui suit. Pour mieux comprendre comment est peut-être née la mnémotechnie, il faut se replacer dans le contexte de l’époque préislamique et islamique, où la transmission était essentiellement orale. Les écrits n’étaient destinés qu’à aider la mémoire. Un peu comme les étudiants, pour prendre des notes en amphi, suppriment instinctivement les voyelles : qd (quand), vs (vous), ns (nous), pdt (pendant), vrmt (vraiment), nbx (nombreux), puis conservent cette habitude pour leurs notes personnelles rapides.
Histoire... de ne pas oublier
À l’époque du Prophète Muhammad, ce dernier réprouvait que l’on prenne des notes de ce qu’il transmettait. Mais, ses Compagnons en prenaient quand même sur ce qui leur tombait sous la main (omoplates de chameau) planchettes, parchemins). Ces dernières permirent plusieurs interprétations après sa mort, en 632.
Les querelles d’interprétation s’amplifiant, Othman, le 3ᵉ Calife (à cette époque tribale où il n’y avait pas d’État, l’Arabie était divisée en Califats), décida, 18 ans après la mort du Prophète, que soit fait un choix parmi les documents disponibles et que l’interprétation finale soit transcrite en un seul ouvrage sacré, le Coran.
Les documents utilisés furent détruits. L’interprétation ne fut pas une mince affaire. Même de nos jours, dans le Coran actuel, avec une écriture comprenant voyelles courtes, points et signes supprimant toute ambiguïté, il existe encore au début de 29 sourates (sur 114) des abréviations que personne n’a pu déchiffrer jusqu’à ce jour (telles que Alif, Lam, Min, Säd, Ra, H’a, Nun, etc.) mais que les fidèles psalmodient en confiance sans en comprendre le sens.
D’où d’innombrables interprétations suggérées par des commentateurs anciens et modernes. Le même problème existe dans la religion juive et dans la religion catholique. À propos de chiffres symboliques, au Japon le mot YAKUSA correspond à 3 chiffres « menaçants », et en Chine le 8 étant « bénéfique » les JO ont été ouverts le 08/08/2008 à 8 heures.
Mnémotechnie : mode d'emploi
Pour remplacer une consonne par un chiffre ou l’inverse, la mnémotechnie que vous trouverez dans les librairies, utilise le code S=0, T ou D=1, N=2, M=3, R=4, L=5, C, H ou J=6, Q ou K=7, F ou V=8, P ou B=9. À titre d’exemple, KARATÉ (KRT) devient donc 751, ou 751 devient KARATÉ, et JUDO (JD) devient 61 ou 61 devient JUDO. Sympa, non ? Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, la mnémotechnie s’est concocté une phrase aide-mémoire. Si cette dernière ne veut pas dire grande chose, on s’en souvient facilement : « Sot Tu Nous Ments Rend Les Chants Que Fit Pan ». Les premières lettres des mots correspondent aux chiffres 0-1-2-3-4-5-6-7-8-9.
Il ne vous reste plus qu’à vous y exercer… et à laisser des messages « secrets » à vos enfants (ils adorent ça), ou leur faire transcrire les plaques minéralogiques des autres voitures, pour les calmer lorsque vous partez en vacances. Ils n’oublieront plus jamais ce secret qui leur rendra d’immenses services toute leur vie.
En cours de mutation
Un autre « oubli » scolaire m’a indigné.
Il s’agit d’une science secrète du passé : LA LECTURE RAPIDE… qui permet « d’écrémer » un livre en moins d’une heure et de lire une page en diagonale en une minute. Le secret est d’éduquer la vision pour une certaine façon de lire. Des manuels de « Mnémotechnie » et de « Lecture rapide » sont en vente en librairie et vous avez des sites internet pour vous aider.
Il existe dans le monde une centaine d’autistes surdoués en « Lecture rapide » nommés « Savants ». Un Américain, âgé de 57 ans, a ainsi mémorisé plus de 10 000 ouvrages parce qu’il peut lire deux pages d’un livre en même temps, un œil pour chacune. Un jeune Anglais de 30 ans, Daniel Tammet, peut faire de même et il a développé des facultés cérébrales hors du commun.
Il peut apprendre une langue étrangère en quelques semaines et maîtrise dix langues sans accent (son français est remarquable et, défié, il a appris l’islandais en… 3 jours). Il a battu un record mondial en énumérant 22 514 décimales de Pi (3,1415926 etc)… pendant 5 heures. C’était en 2004, en 2006 un autre « Savant » a fait mieux.
Ces surdoués montrent ce que nos descendants seront probablement capables de faire dans quelques centaines de générations. Puisque l’Homo sapiens actuel n’est apparu qu’il y a 40 000 ans et que ces exceptions montrent que nous sommes en cours de mutation.
Après ces diversions sur la mnémotechnie et sur la lecture rapide, que je n’avais pas prévues, revenons aux DOGMES.
« Un Dogme nous fait « décoller » de la réalité… et il est difficile, ensuite, de remettre les pieds au sol. »
Que disent les dictionnaires sur les Dogmes ?
Dogme : croyance regardée comme une vérité fondamentale et incontestable. Vient de dogma, qui en latin et en grec signifie « opinion », « croyance », « certitude absolue ». Autrement dit « Là où il y a un Dogme, il n’y a pas à discuter, circulez ! ». Je serais tenté d’ajouter : Conditionnement entré dans le cerveau des croyances ‘mammifère). Résistant ensuite au cerveau intellectuel (néocortex), ainsi qu’au cerveau instinctif (reptilien).
Mais, de même qu’il ne faut pas surestimer les « Enseignants », il ne faut pas surestimer les « Immortels ». Ceux qui ont écrit les dictionnaires ignoraient à l’époque le cerveau “triunique”… que vous connaissez certainement pour avoir lu mon « L’ART SUBLIME ET ULTIME DES POINTS VITAUX ».
C’est dire combien un Dogme nous fait « décoller » de la réalité… Combien il est difficile, ensuite, de remettre les pieds au sol. Et, que, si nous y parvenons, il n’est pas facile d’éviter de douter de tout. Par conséquent de tomber dans une forme d’anarchisme mental. Refusant systématiquement toute règle, tout précepte de bon sens (kyokun), toute hiérarchie. Après avoir cessé de décoller, on flotte à tous vents… et on rate LA VÉRITÉ.
Les DOGMES gèlent notre mental. Limitent notre libre arbitre. Réduisent encore plus la part de cerveau disponible que nous a laissé l’éducation et favorisent le refus de grandir.
En bref, les dogmes sont faits pour nous éviter de penser. « On » pense pour nous… et, en plus, nous aimons ça tout en prétendant le contraire. C’est pourquoi ils résistent à tout.
En pied poing comme en Karaté les Dogmes existent
Il y a des dogmes dans tous les domaines de la vie. Dans les sports (une vrai jungle de dogmes dans les styles « pied poing » !). Chaque religion ou dans chaque secte. Dans le domaine scientifique également.
Lorsqu’un Chercheur fait une découverte acceptée par ses collègues, cette découverte devient un Dogme. Le Chercheur reçoit même parfois le Prix Nobel. Mais, si, un jour, un autre Chercheur découvre (souvent par hasard) que le Dogme était faux. Il publie sa découverte dans les revues scientifiques spécialisées… un tollé lui rend la vie impossible.
Aussi, vu que personne ne veut perdre sa célébrité… Ni les subventions qui vont avec, lorsqu’un Chercheur (sans ego) constate une erreur scientifique… il ne la publie pas. Il se dit « c’est tellement évident que bientôt un autre va faire la même découverte. C’est lui qui la publiera et qui aura à faire face au Dogme ».
Ce fut mon cas lorsque j’ai constaté que j’avais été mystifié en Karaté.
J’ai voulu en savoir plus auprès des Maîtres de l’Ombre que connaissaient mon ami Donn Draeger. Il a fallu changé ma façon de m’entraîner et de combattre. J’ai aidé quelques élèves. Mais, pendant dix ans, je n’ai rien publié. Je me disais que l’on était à la période héroïque. Ainsi un Expert japonais ou un pratiquant ayant séjourné au Japon ou en Chine en parlerait.
Mais, après avoir attendu dix ans. J’ai constaté que les Styles avec Dogmes devenaient de plus en plus nombreux et dévastateurs… Je me suis décidé à révéler la vérité sur ce qu’était le Karaté guerrier. Et, bien évidemment, j’ai été attaqué.
De la mortalité des dogmes
De tout temps, la manipulation des consciences a été facilitée par les Dogmes. Puisqu’il est maintenant facile de manipuler numériquement les images. Il va être de plus en plus simple de désinformer, de manipuler et de mystifier.
Le problème avec les Dogmes est qu’il faut savoir où pouvoir « attendre ».
Attendre quoi ? Un prix Nobel de physique, Max PLANCK. Celui-ci a eu les plus grandes difficultés à faire reconnaître ses recherches sur la « matière noire » (absorbant toute radiation dans l’Univers). Considéré aujourd’hui comme le pionnier de la physique quantique, l’a écrit en 1918 : « Les vérités finissent toujours par s’imposer, non parce que la vérité triomphe toujours, mais parce que ses ennemis finissent toujours par mourir ».
Belle fin de Chronique à méditer, n’est-il pas ?
« Après avoir cessé de décoller, on flotte à tous vents… et on rate la vérité. »
LA PENSÉE DU MOIS
« Le refus des louanges
Est un désir
D’être loué deux fois »
La Rouchefoucault (piraté dans “Pensées” de Jacques Dutronc)
