Un ancêtre nommé PANCRACE ?

Une chronique d'Henry Plée

Le Pancrace un ancêtre
Un ancêtre nommé Pancrace

Nous parlerons ici du Pancrace l’ancêtre de beaucoup d’Arts Martiaux et sports de combat. Chaque culture apporta quelque chose à une autre. Aucune ne se développa sans contact avec une autre, à l’exception des cultures du Nouveau Monde, “les Amériques”. Par conséquent ne découvrirent pas la roue, le fer, ni l’écriture ou l’arithmétique de l’Eurasie.

Pour l’Asie, l’Inde était à l’Extrême-Orient ce qu’était la Grèce pour l’Occident. Il est certain que la Chine fit des découvertes capitales, mais bon nombre de découvertes furent indiennes, et pas seulement le zéro.

À quoi bon polémiquer sur ce sujet, ainsi d’ailleurs que d’établir quelle culture fut la première à inventer telle ou telle chose. Cependant il est vrai que la désinformation nous fait avaler n’importe quoi, ignares que nous sommes.

Les vrais origines

Il est établi maintenant, pour ne pas dire certain, qu’il n’existait en Eurasie rien de similaire au PANCRACE (=“tout autorisé”) et au PUGILAT (=“combat avec les poings”) Grecs. Ces derniers furent apportés en Inde au IIIe siècle AVANT J.-C. par l’Armée d’Alexandre le Grand. Que l’Inde transmit en Chine ces Arts du combat sans armes, en même temps que le Bouddhisme, au début du VIe siècle APRÈS J.-C. (le Shaolin fut fondé en 495, pour la traduction des Sutras).

On affirme n’importe quoi, même quand les dates disent le contraire. Ainsi, Bodhidharma, “l’illuminé”, un Perse venu de la vallée de l’Indus pour faire connaître le Zen en Chine pas du tout “bridé” (les Kohan disent “yeux bleus et longue barbe noire”) est arrivé au Shaolin en 527. Ainsi 32 ans après la création du Shaolin et une bonne vingtaine d’années après les exploits des moines experts en “Kung-Fu”. Il est donc peu probable qu’il y ait enseigné le “Kung-Fu de combat”, ni même les exercices de Chi-Qong, qui sont des exercices antérieurs à J.-C.

L'arrivée du Pancrace en Inde

L’armée d’Alexandre le Grand était conservée en bonne physique par la pratique quotidienne du Pancrace et du Pugilat. Après la conquête de l’Inde (en -320 avt J.-C.) ses soldats, épuisés par de nombreuses années de conquêtes et surtout riches des butins amassés, refusèrent de poursuivre la conquête vers la Chine. Le gros de l’armée rebroussa chemin, mais un bon tiers se révolta. Probablement séduit par le Kama-Sutra (je plaisante) – resta en Inde. Leur Pancrace se mélangea peut-être avec les styles de luttes locales. Puisque ce fut à cette période (seulement) qu’apparurent en Inde (coïncidence ?) les Arts Martiaux et sports de combats d’aujourd’hui.

Un incident historique nous donne confirmation que la condition physique des soldats grecs était entretenue par des assauts de Pugilat et de Pancrace.

Au sein même de l’Armée d’Alexandre le Grand, un dilemme opposa Coragus, un soldat, et un ancien Champion Olympique de Pancrace. Dioxippios qui faisait partie de l’État-Major d’Alexandre (dont il était, disons pudiquement, “très” proche). Un duel “libre” fut décidé. Coragus se présenta en armure et armé jusqu’aux dents. Dioxippios se présenta entièrement nu, le corps huilé, avec comme seule arme un bâton long.

Après avoir esquivé un lancer de javelot et paré un coup de lance à l’aide de son bâton. Dioxippios abandonna son bâton, se jeta sur Coragus pour l’empêcher de dégainer son glaive et le projeta si violemment au sol qu’il y resta inanimé.

Comme en témoigne ce récit, le Pancrace se révélait être d’une redoutable efficacité, même contre des adversaires en arme.

La Pancrace à l'origine des Arts de la Main de Chine

Il serait certes audacieux d’affirmer que le Pancrace et le Pugilat furent à la base de tous les styles de combat d’Asie. Cependant l’hypothèse qu’ils furent à l’origine des “Arts de la Main de Chine” est à retenir pour deux raisons.

La première est que “l’Art du combat sans arme” est apparu très tardivement en Chine, vers 500 après J.-C. Alors qu’il était très élaboré depuis presque 3000 ans dans le bassin méditerranéen.

La seconde raison, admise par tous, est que le peuple grec a été le seul a inventer “le sport pour le sport” et “les sports de combats sans idée de tuer“‘. Aucun autre peuple antique n’éleva les sports au rang de disciplines nationales au point de créer des “Jeux”.

Pour expliquer pourquoi frapper directement du poing remonte à la préhistoire. Pourquoi ce ne fut que “récemment”, en 1892, que les coups de poing circulaires furent inventés. Nous rappellerons – ce qui ne peut être réfuté. Que le Pancrace et le Pugilat Grecs avaient trois millénaires d’antériorité (3000 ans ce n’est pas rien !) lorsque apparurent les ancêtres des Arts Martiaux d’Asie que nous pratiquons.

Rappel du rituel du singe-nu

Tout animal utilise son propre rituel lorsqu’il doit affronter un animal de la même espèce. Cependant, lorsqu’il doit sauver sa vie face à un prédateur, qu’il ne peut fuir, sa façon de combattre est totalement différente de celle qu’il adopte instinctivement en rituel.

À titre d’exemple, deux cervidés s’affrontent entre eux en se poussant de front. Sans utiliser leurs cornes, ni même se crever les yeux par maladresse… Mais contre un prédateur qui veut le tuer pour le dévorer, il utilisera ses cornes latéralement. Cherchant à percer les flancs, le cou ou la gorge du prédateur.

Attendu qu’aucune espèce n’échappe à cette loi de la Nature. Il en va de même pour le RITUEL de l’Homme, “le singe nu“. Tout comme ses cousins “poilus“, Chimpanzés, Gorilles, Orangs-Outans, les Hommes s’empoignent et luttent en corps à corps. Et, s’il leur arrive d’utiliser leurs poings directement, c’est plus dans l’idée de se repousser que celle de blesser.

Trois styles de lutte, deux de Pancrace et deux de pugilat

Le premier texte faisant mention d’une lutte accompagnée de coups a été trouvé dans la bibliothèque d’Assourbanipal à Ninive. Il semble donc que la paternité du Pancrace et du Pugilat remonte aux Sumériens, vers 2700 avt J.-C. Ils occupaient la Basse-Mésopotamie et le N.-O. du golfe Arabo-Persique. Les combats sans armes étaient destinés à honorer les Divinités.

Gilgamesh (roi d’Uruk) rencontra ainsi Enkidu à main nue, combat qui se termina par la mort de ce dernier.

Rapidement lutte et coups destinés à honorer les Divinités, formèrent plusieurs Arts de combat “sans” armes, “sans” vêtements, “sans” catégories de poids, “sans” autres règles que l’abandon.

Lutte, Pugilat, Pancrace

  1. LA LUTTE, dont il exista trois styles : l’Orthopales, la Palé et l’Alyndsiz ; lutte dans laquelle le célèbre Milon de Crotone s’illustra en remportant six olympiades de suite. Il ne fut battu qu’en 512 avt J.-C, alors qu’il avait largement dépassé la quarantaine.
  2. LE PUGILAT, “combat avec les poings nus”, précéda le Pancrace. Il fut une simplification du “Ano Pankration” en interdisant de frapper du pied et de s’empoigner. Il y eut le Pugilat à poings nus, dit Pigmachia, puis le Pugilat avec “ceste”. Constitué en bandes de cuir portant des protubérances en plomb, cuivre ou bois, destinées à rendre plus efficace le poing. Et bien sûr, à écourter les combats qui duraient trop longtemps. Même ainsi, avant que la nuit tombe, il fut nécessaire de mettre au poing un système similaire aux “tirs au but en football”. Le “Klimax” fut inventé. Chaque combattant frappait l’autre à tour de rôle, sans avoir le droit de se protéger ou d’esquiver.
  3. LE PANCRACE (Pan : tout ; Kratos : Force = “Tout autorisé en force”). Il y eut deux styles de Pancrace : le “Kato Pankration” qui autorisait la poursuite du combat au sol. Ainsi que le “Ano Pankration” qui l’interdisait… comme nos divers Karaté et Kung-Fu.

Le PUGILAT a eu ses héros

Un poète (Théocrite, 315-250 avt J.-C.) rapporte une “finale” qui opposa le géant Amykos à Polydeukes : “Amykos, abruti de coups, porte des blessures autour de la bouche et crache le sang. Lorsque Polydeukes se rend compte que son adversaire est à sa merci. Celui-ci lui assène un formidable coup de ceste au-dessus du nez, qui met à nu l’os du front. Amykos s’écroule, mais parvient à se relever. Alors Polydeukes ouvre la tempe d’Amykos puis il vise la bouche. Les dents font un bruit de crécelle en cassant. Amykos retombe, mais réussit à lever la main en signe d’abandon“. Jeu d’enfant que le Ultimate Fighting ou le K1 en comparaison…

Eurydame de Cyrène entra, lui aussi dans la légende “ayant reçu un coup qui lui brisa les dents. Il préféra les avaler plutôt que de donner à son adversaire la satisfaction d’avoir réussi une attaque efficace. Bouche fermée, il poursuivit le combat et l’emporta”.

Le Pancrace (Kata Pankration) devint très populaire parce qu’il autorisait toutes les ressources du combat, toutes les ruses du Pugilat et tous les “coups pourris” de la Lutte. On pouvait tordre les doigts, frapper dans les testicules. Il n’y avait que deux choses interdites. Ne pas attaquer les yeux (trop facile ? trop fragiles ?) et il était interdit de mettre à mort volontairement. Également dans les “Klimax” (un coup, à tour de rôle, jusqu’au K.O., lorsque la nuit faisait cesser le combat libre).

Cependant il était admis que l’on poursuive le combat jusqu’à ce que mort s’ensuive… Si le vaincu refusait de lever le doigt ou la main en signe d’abandon. Ce qui causa des problèmes avec les Spartiates.

À quand remonte exactement le Pancrace ?

Ces derniers refusèrent de concourir au Pugilat et au Pancrace en raison du lever de doigt ou de main signifiant l’abandon… car un Spartiate ne devait jamais s’avouer vaincu.

Cette opposition ne dura pas très longtemps. En revanche et à l’inverse du reste de la Grèce, Sparte ne mettait pas à l’écart le sexe dit “faible”. Puisque Properce (poète spartiate de 1ᵉʳ siècle avant J.-C.) écrivit que “dans les palestres, les jeunes filles nues sont mêlées aux jeunes hommes, avec qui elles se livrent sans honte à la lutte. Debout et toutes poudreuses, montrant leurs bras agiles qu’étreignent les courroies de ceste. Tandis que d’autres jeunes filles nues, à l’extrémité de l’arène supportent les coups du Pancrace”. Lorsque deux femmes spartiates se battaient, ce ne devait pas être du “crêpage de chignons” !

Le poète Athénée, trois siècles plus tard, nous parle également de son plaisir d’avoir vu “lutter et combattre garçons et filles dans un gymnase de Chios“.

Il en fait mention à l’époque de la Guerre de Trois (2ᵉ millénaire avant J.-C.). Probablement, doit-on en remonter l’origine dans les civilisations mycéniennes, ionienne, minoenne, voire égyptienne puisque des bas-reliefs (env. 2600 avt J.-C.) y représentent une centaine de techniques proches du Pancrace grec et… du catch.

C’est avec certitude, qu’il remonte au moins deux millénaires avant que soit mentionné le premier Champion de Pancrace Olympique, un certain Lygdamus en 648 avt J.-C.

Et en Chine ?

Pour des raisons de culture et de religion, il est peu probable, qu’il y eut des combats similaires au Pancrace en Chine à la même époque. Aucun Historien ne jugea utile de les mentionner.

Curieusement, c’est assez tardivement et au Japon, en 24 avt J.-C., que l’on trouve les premières traces écrites d’un combat opposant, sur l’ordre de l’Empereur Suinin, deux lutteurs Nomi-no-Sukune et Taemano-Kuchaya. Ce dernier se disait être l’homme le plus fort du Japon, mais après un combat mémorable il est tué d’un coup de talon. Ce combat est considéré comme étant à l’origine du Sumaï, lutte qui précéda le Sumo.

LA PENSÉE DU MOIS

“Si vous placez vos pas dans ceux du monde tel qu’il est, vous vous retournerez en chemin. Si vous ne voulez pas vous retourner, ne suivez pas le monde”.

Takuan Soho, Maître Zen à un Maître d’Art Guerrier.

Vidéo documentaire sur Henry Plée par Julien BOUCHER

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Par Henry Plée - Karaté Bushido septembre 2007- Mis à jour par MMDAM Martial Arts

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