Ryozo Tsukada

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"Tuer pour gagner, ce n'est pas le Budo"

Ryozo Tsukada aurait dû devenir un brillant businessman et poursuivre la richesse matérielle. Il a décidé de tout abandonner pour le Karaté. C’était en 1972. Aujourd’hui, Ryozo Tsukada est 9ᵉ dan de Shito-ryu, il vit en France depuis 35 ans et a été nommé expert fédéral auprès de la F.F.K. (Fédération Française de Karaté). Il nous livre sa vision de l’Art Martial, du Karaté-dô.

“Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas le sommet de la montagne au milieu des nuages qu’il faut croire qu’on est arrivé en haut”.

Ryozo TSUKADA et moi lors d'un stage à Pontoise
Ryozo TSUKADA et moi lors d'un stage à Pontoise

Le grade de senseï Ryozo Tsukada

Ryozo Tsukada est 9e dan de Karaté Shito-ryu (2025). Il est également 2e dan de Judo et 1er dan de Kendo.

L'âge de Ryozo Tsukada

Il est né le 29 novembre 1948 (77 ans en 2025) à Osaka (Japon).

Les maîtres de Ryozo Tsukada

Son premier maître fut son père, 5e dan de Judo. Ryozo Tsukada apprit ensuite le Karaté avec Maître Yamada, 5e dan de Shotokan puis, à l’Université, avec Maître Chojiro Tani (1921-1998), 9e dan de Shito-ryu et créateur du style Shukokaï, qui fut l’un des plus proches disciples de Kenwa Mabuni, le fondateur du Shito-ryu.

Au début des années 70, il suivit l’enseignement de Yoshinao Nanbu, son sempaï à l’Université, fondateur du Sankukaï et du Nanbudo. Depuis les années 80, il s’entraîne avec maître Kusano, 8e dan de Shito-ryu et de Shukokaï.

Le style de Ryozo Tsukada

Le Karaté Shito-ryu, créé par Kenwa Mabuni (1889-1952), est une synthèse des deux grands courants du Karaté d’Okinawa, le Shurite et le Nahate. Shito-ryu signifie l’école de Itosu (style Shurite) et de Higaonna (style Nahate), les deux maîtres de Kenwa Mabuni.

Le Shukokaï a été créé par Chojiro Tani, 9e dan de Shito-ryu en 1948 et a été introduit en France par Yoshinao Nanbu.

Le rôle de Ryozo Tsukada

Ryozo Tsukada est enseignant dans plusieurs clubs en Île-de-France et possède plus de 400 élèves en Europe et en Afrique (2007). Depuis 2001, il est expert fédéral auprès de la F.F.K.

Le parcours de Ryozo Tsukada

  • 1956 : Il commence le Judo dans la salle de son père, 5e dan, entraîneur de la police d’Osaka, puis il apprend le Kendo comme tous les jeunes Japonais de l’époque.
  • 1961 : Il a 13 ans et commence le Karaté avec Maître Yamada, 5e dan de Shotokan, un ami de son père.
  • 1966 : Il part à l’Université et rencontre Maître Tani avec lequel il apprend le Shito-ryu et le Shukokaï. Il rencontre alors Yoshinao Nanbu qui sera son sempaï lors de leurs années d’étude.
  • 1972 : Diplômé de sciences économiques, il abandonne son travail et débarque en France à l’appel de Yoshinao Nanbu pour développer le Sankukaï.
  • 1985 : Après avoir arrêté de pratiquer le Sankukaï au début des années 80, il retourne au Japon s’entraîner sous la houlette de Maître Kusano, 8e dan de Shito-ryu, l’un des élèves du Maître Tani.
  • 2001 : Il est nommé expert fédéral auprès de la F.F.K. par son président de l’époque, Francis Didier.
  • 2007 : Il a plus de 400 élèves en France (région parisienne), en Europe et en Afrique.

Ryozo Tsukada : L'âme du Shito-ryu français.

Ses amis Japonais lui disent qu’il est devenu Français. Ce n’est pas complètement faux. Il est aussi resté très Japonais dans sa philosophie, dans son approche de l’Art Martial, dans sa pratique du Karaté.

Ryozo Tsukada, c’est en fait un judicieux mélange entre deux cultures, un Maître qui a su prendre le meilleur des deux. Ce n’est certainement pas un hasard si, jeune, il s’est plutôt retrouvé dans le Shito-ryu, le seul style Okinawaïen inspiré des deux grandes écoles de l’île, le Nahate et le Shurite.

Aujourd’hui, à 77 ans, il continue sa pratique de l’art de la main vide, discrètement et sereinement. Il travaille aussi le sabre et le Nunchaku, des “compléments au Karaté”. Son enseignement se veut le plus originel possible.

Désormais 9e dan et expert fédéral, il nous a reçus chez lui, à Herblay (Val-d’Oise), au milieu de son jardin traditionnel japonais, autour de son bassin empli de poissons japonais en compagnie de son chien, un Akita Inu. Une petite visite dans son Dojo, qu’il a construit dans son garage, s’imposait…

- Karaté Bushidô : Vous êtes arrivé en France en 1972, 35 ans après, vous êtes toujours là. Vous êtes tombé amoureux de la France ?

- Ryozo Tsukada :

Au départ, j’étais venu deux ans pour m’amuser. J’avais répondu à l’appel de Yoshinao Nanbu, avec lequel je pratiquais le Karaté à l’Université, pour développer le Sankukaï (Ndlr : l’école que Nanbu a créée).

Finalement, je suis toujours là, 35 ans après (rires). J’ai abandonné le Sankukaï il y a longtemps, au début des années 80, pour revenir au style Shito-ryu.

- K.B. : Diplômé en sciences économiques, vous étiez promis à un brillant avenir et vous avez tout abandonné pour le Karaté. Pourquoi ?

- R.T. :

À l’université, j’ai suivi les cours de maître Chojiro Tani, l’un des plus importants disciples de Mabuni Kenwa senseï, le fondateur du Shito-ryu. Shotokan d’origine, j’ai tout recommencé à zéro. Je me retrouvais mieux dans le Shito-ryu que dans le Shotokan, qui est plus physique. Moi, je suis petit et j’avais besoin d’utiliser tout le corps pour avoir de la puissance.

La richesse du Shito-ryu, c’est aussi son histoire. Mabuni Kenwa a travaillé le Shurite et le Nahate. Ces deux écoles sont complémentaires. Je m’entraînais tous les jours, matin et soir de 6 à 8 heures. Un jour, je me suis dit que mon diplôme en sciences économiques me servait beaucoup moins dans la vie, ma recherche personnelle, que le Karaté. L’occasion s’est présentée. Je ne vous dis pas que ma famille était d’accord…

- K.B. : Quelle est votre vision personnelle du Karaté-dô ?

- R.T. :

Cela dépasse logiquement le seul aspect physique. Il y a aussi le côté art dit “martial”, mot que je déteste, car il évoque la guerre. L’Art Martial devait et doit dépasser le niveau “guerre”. Tuer pour gagner, ce n’est pas le Budo. On apprend par la technique pour aller plus loin dans la réflexion. Je ne peux pas traduire en français ce que Budo signifie réellement.

La traduction serait forcément incomplète. C’est apprendre à dépasser l’aspect guerrier pour aimer l’autre et accepter de vivre ensemble, dépasser l’agressivité, l’angoisse. Il faut aimer l’homme pour apprendre le Dô

- K.B. : Vous possédez aussi un sabre et un Nunchaku. Quelle utilité en tirez-vous ?

- R.T. :

Oui, bien sûr. Le travail au Makiwara ou au sac, c’est très important. Avant toute chose, il faut connaître la distance, l’angle et le bon moment de contraction pour envoyer un maximum de vibrations au partenaire.

Pour arriver à savoir cela, il faut sentir les choses. On doit connaître la puissance pour la contrôler. Au sac et au Makiwara, on l’expérimente grâce aux vibrations qui nous reviennent.

- K.B. : Vous avez un Makiwara dans votre Dojo. L'utilisez-vous toujours ?

- R.T. :

C’est un complément au Karaté. Je travaille la distance, le positionnement des mains, les blocs, les attaques… Le Karaté, ce n’est pas uniquement du pied poings. Je travaille sur les quatre distances : courte (corps à corps : coude et genou), moyenne (poings), longue (pieds), et le sol. La courte distance étant la plus efficace. Ensuite, c’est le sol.

- K.B. : Vous insistez aussi beaucoup sur l'importance de la répétition des gestes à l'entraînement...

- R.T. :

Le but du Karaté-Dô est d’essayer de dépasser le physique pour développer le mental. Concrètement, on ne peut le faire qu’à travers un travail de répétition. Je sais que les Européens ont un peu de mal à répéter, mais sans répétition, on oublie et on ne peut donc pas s’améliorer. Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas le somment de la montagne au milieu des nuages qu’il faut croire qu’on est arrivé en haut.

Non ! La répétition va dissiper les nuages. Dans le Karaté, il n’y a pas de potion magique, il n’y a que de la répétition. Mais il ne faut “jamais oublier l’esprit du début”, le “Shoshin Ni Kaeru”.

- K.B. : Comment travaillez-vous la respiration ?

- R.T. :

Je la travaille surtout à travers le Kata Sanchin. La respiration, c’est la base de tout. Pour n’importe quel geste, on a besoin de respirer. Autant l’inspiration est naturelle, autant il faut apprendre l’expiration, ce que l’on fait avec Sanchin, et la contraction du corps. C’est plus difficile, mais le plus important si l’on veut être efficace.

- K.B. : Le style Shito-ryu se caractérise par un travail mains ouvertes. Quelles en sont les raisons ?

- R.T. :

Avant tout, le Karaté est un art se pratiquant mains ouvertes. Le travail poings fermés, c’est pour l’entraînement, pour éviter les blessures, car les coups mains ouvertes sont plus dangereux. On voit beaucoup de Kata avancé, pas seulement dans le Shito-ryu, où l’on trouve un travail mains ouvertes.

C’est très utile pour les saisies de l’adversaire, d’un bâton, d’une chaise… On peut frapper rapidement avec le dessus de la main ou effectuer un blocage puis piquer. Les solutions sont multiples. Mains ouvertes, on gagne du temps.

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